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Édito : « Accompagner vers l’autonomie / Accompagner dans l’autonomie ? »

Accompagner vers l’autonomie / Accompagner dans l’autonomie ?

La diversité des espaces d’engagements existants au Cridev, ainsi que la pluralité des statuts possibles par lesquels nous accueillons des personnes (bénévoles, volontaires, stagiaires, vacataires, accompagné.es, accompagnant.es, etc.) permettent des configurations variées, au sein desquelles se créent des parcours d’accompagnement protéiformes, variables et s’adaptant aux personnes et à leurs situations. Des configurations desquelles naissent des objectifs multiples, notamment selon les finalités que se donnent les personnes, et selon les finalités que nous donnons à l’accompagnement que nous menons. Créant ainsi des parcours d’accompagnement qui s’ajustent aux personnes, et avec les conditions et les statuts adéquats selon les situations des personnes.

Cette multiplicité d’espaces et de modes d’engagement participent de manière générale à :

- la création des conditions de l’engagement, notamment associatif ;

- la découverte et l’acquisition de pratiques et de postures professionnelles propres aux métiers de la relation ;

- la découverte et l’entrainement aux méthodes d’éducation populaire ;

- s’orienter par l’expérimentation, et tester une idée, une action, une pratique ;

- s’éprouver dans un métier, un milieu professionnel, un travail.

Ces statuts permettent et facilitent les formes d’engagements, sans conditionner ni prescrire les places des personnes. Ainsi il est possible, telle une bénévole actuelle, d’arriver au Cridev par un stage, poursuivre par la co-animation d’atelier, devenir bénévole, être accompagnée pour sa création d’association, devenir animatrice vacataire.

De la même manière dans nos pratiques d’accompagnement, nous cherchons à faire en sorte que le statut ne prescrive pas la place, tout en reconnaissant aux statuts la forme qu’ils confèrent aux engagements par ce qu’ils permettent de formaliser et donc d’autoriser notamment pour les personnes accompagnées.

En 2020 et 2021, comme régulièrement les années précédentes, nous avions accueillies deux personnes en volontariat civique, S. et A.. Ce temps de service civique a permis aux volontaires de s’engager au sein du Cridev et de participer aux cotés des salarié.e.s à la construction de plusieurs formations, ateliers, et rencontres associatives, co-animer des temps de permanences, mais également à l’animation de différents chantiers partant d’eux et elles et avec la mise en place de temps ouverts au public. Ainsi l’un des chantiers, qu’iels ont initié.e.s – Self-Défense verbale – s’est poursuivi jusqu’à la fin de leur mission et s’est terminé avec l’organisation d’un évènement public « Punchline ».

Leur volontariat a également été ponctué de plusieurs formations, à l’interne du Cridev, comme à l’externe auprès d’autres associations et réseaux, nécessaires pour aller voir ailleurs ce qu’il se passe, entendre d’autres points de vue, et découvrir diverses pratiques.

Durant cette année de volontariat nous avons souhaité tester de nouveaux formats de « tutorats », à savoir des tutorats tournants d’un.e salarié.e à un.e autre permettant ainsi aux volontaires d’avoir différents points de vues, contacts, ressources et apports tout au long de leur volontariat. Nous voulions expérimenter une forme d’accompagnement qui permet de sortir du « référent », et de la dualité « maitre-élève », la pluralité des points de vue garantissant davantage à l’accompagné.e son autonomie. C’est aussi en cela que nous préférons accompagner plus que « tutorer », le terme renvoyant irrémédiablement à l’orthopédie, la discipline des corps.

Nous préférons, à l’instar des pédagogies de l’autonomie développées par Paulo Freire, accompagner dans l’autonomie, plutôt que d’accompagner vers l’autonomie, reconnaissant alors aux individus leur autonomie et leurs volontés.

Au premier semestre 2021, en plus des volontaires, nous avons accueilli une personne en stage, M., dans le cadre de son parcours universitaire en Licence 3 de sociologie à l’université de Rennes 2. Son stage consistait essentiellement à s’immerger dans le milieu associatif, et à découvrir et expérimenter les pratiques d’éducation populaire du Cridev. Ce stage lui a également permis de s’essayer à la préparation de formations, la co-animation d’ateliers, la conduite de réunion, la rédaction de compte-rendu, et l’accueil et l’accompagnement du public lors de permanences.

Les accompagnements réalisés par le Cridev ne se limitant pas aux statuts des personnes, à la suite de son stage nous lui avons proposé de faire une présentation publique de son mémoire d’études universitaires : une recherche en sociologie portant sur les constructions masculines. Cela a donné lieu à la co-animation d’une lecture collective de son mémoire, avec une vingtaine de personnes présentes. Par ailleurs, M. a poursuivi son engagement au Cridev en tant que bénévole à des moments, accompagnée à d’autres moments pour la création de son association, ou encore en tant qu’animatrice vacataire sur certaines périodes.

Au second semestre 2021, nous avons fait le choix d’accueillir davantage de personnes en stage (notamment au regard du nombre de sollicitations que nous recevions pour réaliser des stages au Cridev, dans une période où l’accueil de stagiaires en associations se faisait et se fait toujours plus rare). Par ailleurs, nous voulions expérimenter de nouvelles formes d’espaces d’accompagnement et de formation. Ainsi, de septembre à décembre 2021, nous avons accueillis :

- deux étudiant.e.s, C. et V., en seconde année de DUT Carrières sociales à l’IUT CS de Rennes 1, en vue de s’immerger dans une structure d’éducation populaire, et d’y mener un projet d’animation en lien avec des enjeux sociaux identifiés ;

- une étudiante, R., en Master de sociologie à l’université de Rennes 2, en vue de s’immerger dans une structure d’éducation populaire, et de prendre part aux différentes manières d’animer les questions de Solidarité Internationales et de Mobilités (accueil, accompagnement, chantiers, formations, etc) ;

- ainsi qu’une étudiante, J., en licence professionnelle de « Coordination de projet d’animation et de développement social et socioculturel » à l’IUT CS de Rennes 1, que nous accompagnons essentiellement par un tutorat portant sur les fonctions de coordination qu’elle réalise dans la cadre de son stage à l’association Zéro de Conduite.

A partir de novembre 2021, le Cridev a embauché quatre personnes en vacation à plusieurs reprises sur des temps de permanences. Cela permet de seconder l’équipe permanente sur ces temps d’accueil, et de permettre aux personnes en vacation d’expérimenter et d’apprendre les pratiques d’accueil, d’écoute, d’orientation, voire d’accompagnement. Ces postures et pratiques ne s’acquièrent pas immédiatement, et demandent du temps d’observation et d’entrainement, de la formation en interne, et de l’accompagnement.

L’intérêt du statut de vacataire, est de se rapprocher d’une expérience professionnelle réelle, par des conditions matérielles permettant un engagement régulier et formalisé, et offrant les possibilités d’éprouver pour soi à la fois une vie associative, une organisation professionnelle, et des pratiques éducatives.

Ce mois-ci, V. et C. viennent de finir leur période de stage au Cridev : ce qui ne dit rien de la fin de leur engagement au sein de l’association qui continue et pourra continuer de multiples manières.

De ce que j’en ai perçu, chacun.e à leur manière, depuis leur arrivée dans l’association, a pris place dans le quotidien du Cridev, a observé l’organisation, les personnes, les pratiques ; participé aux actions, animé des ateliers, organisé des rencontres, mené des entretiens, co-animé. De là, chacun.e depuis son point de vue, a perçu un aspect dans le paysage du Cridev qui leur posait question, qu’iel ont eu envie de mettre en mouvement. De notre côté, nous ne leur assignons pas de missions à réaliser à leur arrivée, bien que nous pouvons ouvrir des pistes. Il s’agit davantage de leur permettre d’observer et de prendre part, là où ça leur semble juste et pertinent. Bien entendu tout cela se discute régulièrement, s’affine par le dialogue, décante, infuse… A cet endroit, leurs regards et leurs questions nous sont précieuses, et nous disent beaucoup de ce que nous faisons, ne faisons pas.

Leur action durant leur stage s’est installée dans le temps long, le temps long que nécessite l’observation, la prise en compte de points de vue existants, la digestion de tout cela. De là, le regard et l’analyse s’affine, et l’émergence d’une idée fait apparition, surgit, s’essaye, s’ajuste. La précipitation n’est pas nécessaire, l’action est préférable à l’agitation.

L’accompagnement semble-t-il est moins une question de vitesse, ou de rapidité, que de rythme. Un rythme à soutenir, dans ses ralentissements et ses accélérations. Vouloir aller vite pour les personnes que l’on accompagne, c’est toujours les prendre de court, les engager dans une stratégie qui n’est pas la leur, sans leur laisser le temps de la respiration, au risque de leur demander de marcher dans nos pas, au risque certain de l’oppression.

C’est qu’à nos yeux, il ne s’agit pas de manager des personnes sur des objectifs que nous définissons pour elles et que nous leur demanderions d’atteindre, mais bien d’accompagner les personnes dans leur volonté, à travers des espaces-test où il est possible d’essayer d’engager son idée et son action, de se tester.

Aussi, de ce temps long, chacun.e a engagé une idée, une action, sur des thèmes différents et qui ont pris formes aux mois d’avril et de mai, et qui surement se poursuivront dans les semaines et mois à venir. Mais ça, on vous en reparle avec elle et lui dans le prochain édito !

Édito écrit par Damien