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Édito : « Cogitations de la rentrée ! »

Cogitations de la rentrée !

Le CRIDEV – « Centre de ressources et d’interpellation pour un monde sans rapports de domination ». C’est ce qui va apparaitre sur notre vitrine dans quelques semaines…

- Et bien, c’est classe ça !

- Ce n’est pas un peu utopique ?

- Autant dire que c’est ambitieux, vertigineux et… totalement flippant…

- Mais surtout ça veut dire quoi concrètement ?

Nous vous proposons un édito en image et avec quelques définitions qui va lancer l’année du CRIDEV sur une multitude de questionnements. En espérant que ça vous donne envie de venir nous rencontrer pour partager nos cogitations et faire un peu avancer les luttes contre les oppressions…

- Oppression… mais de quoi parle-t-on ?

- On pourrait dire que c’est l’exercice d’une contrainte…

Simone Weil situe l’oppression dans la relation de pouvoir : « Tant qu’il y aura une société , elle enfermera la vie des individus dans des limites fort étroites et leur imposera ses règles ; mais cette contrainte inévitable ne mérite d’être nommée oppression que dans la mesure où, du fait qu’elle provoque une séparation entre ceux qui l’exercent et ceux qui la subissent, elle (…) fait ainsi peser jusqu’à l’écrasement physique et moral la pression de ceux qui commandent sur ceux qui exécutent ».

- Hum… intéressant les propos de Simone, mais alors ça voudrait dire qu’on peut toutes et tous être opprimé-e-s à un moment donné de notre vie ?

« L’oppression décrit toute situation injuste dans laquelle, systématiquement et durant une longue période, un groupe dénie à un autre l’accès aux ressources sociales. » D’après « La pensée féministe noire » de Patricia Hill Collins.

- En effet il semble qu’en France certain-es- groupes de personnes vivent des oppressions totalement intégrées par le système, par exemple, on peut parler de racisme d’État. Comment se traduit-il ?

Petit rappel du dictionnaire des Dominations – collectif Manouchian : « Si les races biologiques ou culturelles n’existent pas, le racisme lui existe. Il y a en conséquence une production sociale de « races » par le racisme qui est producteur d’effets sociaux concrets sur les personnes assignées à telle ou telle race. »

- Bon très bien et qu’en disent les premier-ères concerné-es ?

- Moi en tant que personne socialement blanche, comment puis-je déconstruire mes préjugés (qu’on m’a bien mis dans la tête depuis toujours) et comment puis-je être une bonne allié-e-s sur les luttes anti-racistes politiques, post-coloniales ?

- Et ces luttes elles se matérialisent comment à Rennes, en Espagne, à Fada’Ngourma, à Helsinki ?

France culture aussi parle du racisme d’État : https://www.franceculture.fr/sociologie/Racisme-Etat-expression-tabou-discrimination

- Et le racisme d’État prendrait plusieurs formes et s’attaquerait à différentes personnes, dans des situations différentes. On le voit avec l’actualité peu réjouissante de l’été et le passage bien discrètement de la loi sur « l’immigration et le droit d’asile ».

- Merci Mediapart de mettre en lumière par cet article qu’à Rennes, Nantes, Dijon où ailleurs il semble que les situations soient similaires dans la manière de ne pas accueillir, de rejeter, d’isoler, de persécuter et donc… d’opprimer les personnes migrant-e-s.


Merci Mafalda, tu partages l’étonnement de Pierre Bourdieu : « Je n’ai jamais cessé, en effet, de m’étonner devant (…) : le fait que l’ordre du monde tel qu’il est, avec ses sens uniques et ses sens interdits, au sens propre ou au sens figuré, ses obligations et ses sanctions, soit grosso modo respecté, qu’il n’y ait pas davantage de transgressions ou de subversions, de délits et de « folies ». Ou, plus surprenant encore, que l’ordre établi, avec ses rapports de domination, ses droits et ses passe-droits, ses privilèges et ses injustices, se perpétue en définitive aussi facilement, mis à part quelques accidents historiques, et que les conditions d’existence les plus intolérables puissent si souvent apparaître comme acceptables et même naturelles. » Pierre Bourdieu (Extrait de la Domination Masculine)

Et bien nous aussi au CRIDEV on se pose les mêmes questions :

- Pourquoi les structures patriarcales, capitalistes, suprématistes blanches, hétéro normatives… perdurent- elles ?

- Comment se matérialisent-elles dans les différents coins du monde ?

- Comment travailler à lutter ensemble contre ces systèmes oppressifs, sans les hiérarchiser, sans culpabiliser et en respectant les modes de luttes de chacun-e-s ?

Une nouvelle piste s’ouvre à nous avec le concept de « Kyriarchie » développée par Elisabeth Schüssler Fiorenza (théologienne féministe) :

(Il s’inspire du mot grec (kyriarchia), utilisé pour désigner une souveraineté, c’est-à-dire le pouvoir de gouvernance exercé par un souverain.)

« La kyriarchie est un concept désignant les systèmes d’oppression combinés, l’idée que le capitalisme, le patriarcat, la suprématie blanche, l’hétéronormativité, la cisnormativité, la théocratie et d’autres systèmes auxquels nous n’avons pas forcément donné de noms, sont tous connectés, s’influençant et se soutenant réciproquement. Le mot « kyriarchie » est aussi un raccourci verbal pratique qui permet d’éviter d’avoir à lister tous les systèmes d’oppression chaque fois qu’on veut expliquer ce concept. Cela signifie que tous ceux qui luttent contre l’oppression, de quelque manière que ce soit, ont le même combat, et que nous luttons simplement sur une myriade de fronts différents.  »

Et bien encore de nouvelles perspectives cette année sur les oppressions et interdépendances mondiales et pour dépasser l’étonnement de Bourdieu on se dit que… douter, se questionner, observer, se raconter, interroger notre place dans la société, agir collectivement… nous permet de lutter…

Au plaisir de vous retrouver !

Édito écrit par Emmanuelle A.