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Edito Mars 2017 : L’instrumentalisation du féminisme au service des oppresseurs !

 

 
 

 

Le CRIDEV profite de ce mois sur le droit des femmes pour expliciter notre positionnement féministe en lien avec les valeurs qu’a toujours prôné l’association : lutter contre les injustices sociales, travailler avec les plus opprimés et lutter pour leurs droits.

Il existe de nombreux courants féministes et l’idée n’est pas dans cet édito de refaire l’histoire des féminismes mais plutôt de mettre en exergue deux courants de pensées qui s’opposent très clairement aujourd’hui. Celui contre lequel nous souhaitons lutter qui est véhiculé par Elisabeth Badinter 1 notamment, qui est un féminisme ethnocentré2, estimant que les femmes blanches « françaises de souches » ne vivent pas d’oppression, par opposition aux femmes musulmanes qui portent le voile3. Cette façon de penser a pour conséquence de nier les réalités que vivent l’ensemble des femmes.

Elle est dangereuse car elle occulte les réalités, les faits, pour focaliser l’attention en direction des minorités (en l’occurrence des musulmanes) ; nous pouvons explicitement parler d’un féminisme RACISTE 4 ! C’est ce qu’explique Christine Delphy, sociologue féministe anti-raciste.

Il s’agit également de dénoncer un racisme d’État qui se traduit par la relance régulière d’initiatives législatives visant à stigmatiser les musulman-es (loi 2004 signes ostentatoires à l’école, 2010 loi sur la Burqa, aujourd’hui port du voile à l’université, polémique sur le Burkini…) Tout cela conduit à une multiplication de paroles et d’actes racistes : 81,5 % des agressions physiques islamophobes sont dirigées contre des femmes.

Comment lutter avec nos sœurs noires, musulmanes qui subissent la double peine … ? C’est un questionnement que nous avons au CRIDEV, tout d’abord n’étant pas nous-mêmes les premiers(ères) concernées nous ne pourrons pas lutter à leur place, nous devons être des allié(e)s soutenant(e)s … nous devons assumer ce rôle avec sa part d’impuissance et sa part d’accompagnement ! C’est l’objet du travail qu’a commencé à initier la chargée de mission en animation (Agathe Quiblier) avec un groupe de femmes « racisées » sur le quartier de Villejean.

L’idéologie véhiculée par Elisabeth Badinter alimente donc des politiques racistes qui développent l’idée selon laquelle notre « démocratie sexuelle » (notion développée par Eric Fassin) s’oppose à l’oppression des femmes des autres cultures et donc doit s’en protéger. Ce discours utilise la logique classique qui consiste à dénoncer les « Autres » dans le but d’éviter l’auto-critique, et insinue que la domination masculine ne concerne que certaines cultures, tandis que « la nôtre » en serait exemptée. Donc à nous de continuer à lutter contre les systèmes de domination mis en place par et pour « des hommes blancs », là où ils détiennent les pouvoirs : dans les entreprises, en politique, sur l’espace public, dans la police …

Les faits parlent : - Parmi les femmes victimes de violence, seulement 14 % déclarent avoir déposées plainte auprès d’une gendarmerie ou d’un commissariat à la suite de ces violences. - Les violences envers les femmes et les personnes LGBTQI (lesbiennes, gay, bi, trans, queer, intersexes) commises par les dominants très souvent impunis : les chiffres prouvent l’inégalité de punition des violences de genre, entre les personnes racisées et les autres, illustrée notamment par l’affaire DSK.

-L’impunité des remarques homophobes ou hétérosexistes des dominants, flagrantes lors de l’affaire DSK avec les commentaires de Jack Lang « Il n’y avait quand même pas mort d’homme », ou de Jean-François Kahn « troussage de domestique », ou dernièrement les propos de Jospin ou de Collomb sur le mariage pour tous… -Les inégalités de salaires entre hommes et femmes (19% d’écart en moyenne5), le sur-chômage et la précarité des femmes, la parité non respectée dans les hautes sphères…

Rêvons d’un monde sans journée pour le droit des femmes et comme le collectif MWASI6 le dit bien pour y arriver nous proposons d’être : « irrésolument anti-capitaliste, anti-impérialiste, pro-voile, pour les droits des personnes prostituées, pour les droits des personnes Queer et Trans, anti-raciste, nous nous opposons à l’appropriation de la parole et militons pour que les personnes concernées choisissent les armes de leur propre émancipation. »

1 Élisabeth Badinter prétend que « chez les Français de souche, que ce soit dans le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu’il y ait une oppression des femmes ». Source

2 Définition wikipédia de l’Ethnocentrisme : est un concept ethnologique ou anthropologique qui a été introduit par W.G. Sumner. Il signifie « voir le monde et sa diversité à travers le prisme privilégié et plus ou moins exclusif des idées, des intérêts et des archétypes de notre communauté d’origine, sans regards critiques sur celle-ci ». Une autre définition restreint l’ethnocentrisme à un « [c]comportement social et [une] attitude inconsciemment motivée » qui amènent en particulier à « surestimer le groupe racial, géographique ou national auquel on appartient, aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres peuples3 ». L’ethnocentrisme peut se trouver associé à la pensée raciale.

3 Vidéo : le voile de Leïla

4 Vidéo : la mécanique raciste

5 Inégalités salariales hommes femmes : ces chiffres consternants à connaître

6 collectif MWASI

Emmanuelle Auger, coordinatrice du Cridev.