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Édito : « Récits d’engagement au Cridev »

Récits d’engagement au Cridev

Suite de l’édito du mois dernier, avec l’interview de Camille et de Victor, en stage ces derniers mois au Cridev, pour les interroger sur les actions que chacun.e a mené durant leur engagement dans l’association : ce qu’iels y ont fait ; comment iels en sont venues à cette idée, cette action ; et ce qu’iels s’en disent aujourd’hui.

> Camille

Peux-tu raconter l’action que tu as menée durant ton stage au Cridev ?

J’ai créé ce temps parce que je voulais travailler sur l’accompagnement que les jeunes ont vécu en par rapport aux mobilités, puis partager ce travail avec les structures d’accompagnement sur Rennes, pour qu’elles puissent se questionner sur leurs pratiques.

J’ai invité différentes personnes qui avaient été accompagnées durant leur mobilités par différentes structures (Cridev, JTM, Concordia, …) à venir sur un atelier pour parler de leurs mobilités et de leur accompagnement. Finalement il n’y a pas eu beaucoup de personnes à venir, mais ça a été l’occasion de présenter son voyage, notamment à partir d’un planisphère des peuples, non euro-centré et sans frontières, ce qui a produit pour les personnes de devoir chercher où elles étaient allées. Puis, de partager sur plusieurs notions liées aux mobilités par un photolangage (avec des cartes du jeu Dixit), pour ensuite discuter entre nous sur nos mobilités et comment ça s’est passé.

Pourquoi, comment en es-tu arrivé à cette action ?

… du fait de la politique du Cridev,

et parce que des personnes sont parties en mobilités sur de l’aide humanitaire, et donc de pouvoir requestionner cela, notamment du fait que je fais le constat que certaines personnes n’ont pas été accompagnées sur les enjeux de la solidarité internationale avant de partir.

Depuis la fin de ton stage et des actions que tu as mené, tu as pris du recul dessus, tu as même écris un mémoire de fin d’études sur le sujet de l’accompagnement aux mobilités, aussi quelles analyses tu en fais ?

Les personnes venues était déjà assez averties sur les postures de voyage, et qui d’ailleurs redisent tou l’intérêt de l’accompagnement au voyage, notamment quant il porte sur l’éthique, et même s’il leur reste des questions techniques pour leur voyage (visa, etc.) et par rapport à des choses auxquelles on ne pense pas (taille des sacs dans l’avion, estimation du budget de leur voyage, …).

Certaines personnes ne seraient pas parties si elles n’avaient pas eu d’accompagnement. Et pour un premier projet de mobilité de trois mois, elles savaient comment ça allait se dérouler, et qui les accueilleraient, c’est rassurant. Ça permet de dépasser de peurs.

Et puis, il y a aussi eu l’Apéro Nomade en avril, où j’animais parmi plusieurs espaces, une table sur l’accompagnement. Et j’ai également eu une autre rencontre avec une autre personne, en mobilité en France actuellement, et avec qui j’ai fais un entretien. Notamment à partir du récit de sa mobilité actuelle, qui de son point de vue, il manquait des choses en terme d’accompagnement et de préparation. Et notamment par rapport à du racisme qu’elle vit ici : « ça aurait dû être dit, pour savoir que ça existe en France, et quels sont les endroits relais pour en parler ». Elle dit qu’elle aurait bien aimé être prévenue, car dans un premier temps elle se dit que c’est elle qui a un problème, avant de se dire que c’est du racisme.

De manière plus générale, je pense que les associations peuvent être complémentaires, mais les personnes ne passent pas par toutes les associations. En tous cas, l’important c’est que les jeunes sachent pourquoi ils partent.

Même si chaque association accompagnent sur différents aspects et finalités : certaines plus sur l’incitation à la mobilité pour faire l’expérience du voyage, d’autres sur les aspects techniques, logistiques, administratifs, d’autres encore sur de l’éthique.

Peu importe l’entrée de l’accompagnement, à un moment c’est nécessaire d’en arriver à se poser des questions éthiques. Car on arrive dans un endroit que l’on ne connaît pas forcément, et dont on n’a pas les codes, dans des lieux où il y a une histoire, des histoires, et qu’on ne connaît pas (ou sinon jamais tout à fait). Et ça, ça demande de se poser des questions.

Et je trouve important que la question éthique ne se pose pas que pour un projet de solidarité internationale, ou que pour une projet qui se réaliserait dans un pays du Sud. C’est une question qui se pose pour toutes mobilités, et également dans le quotidien, car l’interculturalité se joue partout.

> Victor

Peux-tu raconter l’action que tu as menée durant ton stage au Cridev ?

Il s’agissait d’une journée de cogitation sur les résistances ordinaires face à l’homophobie et la transphobie (ouvert aux personnes concernées).

Pour parler donc, de l’homophobie et de la transphobie par le biais des résistances à celles-ci, de voir ce qui existe déjà en terme de résistance et que l’on aurait pas nommé comme tel.

Et après coup, je me rends compte que c’est une manière de lutter contre les rapports de dominations, différemment de la lutte contre les discriminations, souvent centrée sur la sensibilisation ou la prévention, ou d’espaces qui travaillent le pouvoir d’agir, l’empowerment, et la répartie.

C’est une action qui situe politiquement l’oppression, et qui permet de voir ensemble des choses qui se nomment dans assez peu d’endroits. Et donc de faire émerger des résistances, repérer celles qui existent déjà, et celles que l’on aurait envie de mettre en place, individuellement ou collectivement.

Et la perspective communautaire, la dimension communautaire, même si je m’en suis pas rendu compte avant, car je ne m’étais concentré dessus, est finalement extrêmement forte. Car pour une fois, ça permet de ne pas être dans une situations d’oppressé.e ou d’opprimé.e, et ainsi de se retrouver dans un monde où il n’y pas ces rapports de domination autour de l’hétéronormativité, et où de part cette perspective communautaire les choses se jouent différemment : la majorité des personnes s’y sentaient apaisées, voire sur un petit nuage. C’est pas quelque chose que j’avais anticipé à ce point-là.

Ça fait écho à bell hooks qui dit que les personnes dominées, de part leur marginalisation sociale, vivent un privilège de mieux percevoir les rapports de domination en général. Et là c’est ça qui était fort.

C’était un long chemin de réflexion, de tâtonnement, qui a mené jusque là. Et qui, pour moi, s’inscrivait dans l’association et les pratiques du Cridev. Et d’ailleurs, sans cette inscription dans le Cridev, j’en serais pas forcément venu à cette action. Là, ça s’inscrit dans ce qui peut se faire ici.

Pourquoi, comment en es-tu arrivé à cette action ?

J’ai commencé par identifié, pendant le début du stage, les enjeux au Cridev qui faisait sens pour moi, et qui était aussi des enjeux pour moi. Qui étaient, des pédagogies adaptées, et la recherche sur les pédagogies, les manières d’être, de faire, dont maintenant je peux nommer des noms, des repères que je me suis approprié : bell hooks, Paulo Freire, Maëla Paul, principalement.

Ensuite, le fait de conscientiser qui on est, de se situer soi, et de conscientiser sa marge d’action.

Et puis, le fait de visibiliser les rapports de dominations et ses rouages ainsi que les savoirs et productions des personnes qui sont régulièrement invisibilisées, quand elles ne sont pas tabous, autres que les productions des personnes dominantes, privilégiées.

Je suis parti avec ça, avec ce bagage, et aussi l’inspiration des différents temps que j’ai vécu au Cridev, ou entendu parler, notamment deux moments : une journées sur les pédagogies non-oppressives, et le travail dont j’ai des échos sur le « sexisme en milieu professionnel et militant : quelles résistances ordinaires ? ».

Et puis j’ai rencontré l’association ISKIS, avec ces enjeux en tête et l’idée d’aborder les résistances. Et par allers-retours avec G., bénévole à ISKIS, et les salarié.e.s du Cridev. Grâce à qui, par de nombreux temps informels, et des échanges, à la fois sur mon projet et aussi sur d’autres sujets parfois, j’ai pu me poser des questions et alimenter ce que je trouvais intéressant d’aborder dans cette journée de rencontre.

Depuis la fin de ton stage et des actions que tu as mené, tu as pu prendre du recul dessus, tu as même écris un mémoire de fin d’études sur le sujet, aussi quelles analyses en fais-tu maintenant ?

J’ai des questions que je me pose, dont je n’ai pas trouvé de réponses, au-delà de mes questions sur l’aspect communautaire que j’ai étudié dans mon mémoire.

C’est que là, à la fin d’une journée comme celle-ci, ce qui ressort à la fin, c’est à la fois l’envie de continuer cet espace de réflexion et aussi peut-être le fait de réaliser une production, ou de passer à l’action, ou bien finalement de travailler sur la répartie et d’augmenter ces capacités de résistances.

Sauf que j’ai un regard critique, de part les échanges avec l’équipe du Cridev, sur le fait de travailler la répartie, ou bien la compétence psycho-sociale (la confiance, le développement personnel, de s’armer, …) ce qui pour moi à tendance à faire abstraction et de rendre invisible la dimension politique de l’oppression, et à faire culpabiliser, à mettre du poids sur les épaules des personnes qui auraient à faire ce travail-là.

Mes réflexions sont aujourd’hui de quelles manières peut-on travailler les résistances, de s’armer aussi, autrement. Par exemple, voir déjà ce qui fait résistances, réactions, et j’ai envie de continuer de réfléchir sur « qu’est-ce qu’on peut faire ? ».

Sachant que les personnes présentes ont amenées l’idée de s’outiller, de produire quelque chose. Et que j’ai envie de poursuivre la réflexion déjà lancée, avec la prise de recul nécessaire sur les manières de faire (pédagogies, postures, approches, …) … surement dans un chantier qui se lancerait prochainement !

Édito rédigé par Damien